Game Over

- Quelle est votre occupation préférée ?
- L'occupation allemande.
René Fallet (réponse au questionnaire de Proust)
Arte , ce soir à 20 H 40

Paris, 1942. Confondu avec un homonyme juif, un trafiquant cynique se retrouve pris dans un engrenage et perd peu à peu ses repères...
Mr. Klein de Joseph Losey (1976) est à la fois le meilleur film sur l'occupation (avec Lacombe Lucien) et le meilleur rôle d' Alain Delon. Il y incarne un personnage d'une terrifiante ambivalence dans un jeu de l'oie kafkaïen au delà du bien et du mal. Cette réflexion sur l'identité (à commencer par le nom de famille), la conformité sociale et ce que le contexte le plus dramatique peut révéler du plus profond de soi est beaucoup plus intense que dans un autre film mythique, Casablanca.
Michel Audiard n'a jamais lu mes livres, ni vu mes films. Moi non plus je ne vois pas ses films. On ne vit pas dans le même monde.
Alain Robbe-Grillet
J'parle pas aux cons, ça les instruit.
Michel Audiard
Grande semaine TV . Cinéphiles, à vos magnétoscopes ! Pour moi pas besoin, j'ai évidemment acheté en DVD les deux films d'où sont tirées mes citations (en-tête et morale) et qui passent cette semaine...en prime time !!!
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Le président passe bien sûr après la soirée électorale du dimanche 22 avril sur
France 3 à 21 H 15
L'ancien président du conseil Emile Beaufort veut empêcher un politicien véreux d'arriver au pouvoir et préserver ainsi son pays du désastre. Gabin y incarne un homme politique rangé des affaires, inspiré de Clémenceau, dans une ambiance de IIIème ou IVème République quand les ambitions pour la France étaient grandes (ici la construction européenne) et les hommes nettement plus petits. Le film date des débuts de la Vème République (1961), les acteurs sont excellents dont Bernard Blier en souffre-douleur, comme il se doit. Les adieux à la chambre des députés en forme de règlement de compte sont un grand numéro d'acteur. Le meilleur moment d'antiparlementarisme depuis Forces occultes (film interdit, que j'ai, hé hé hé...). Voir la scène, c'est mieux que de la lire mais bon...

Messieurs, Monsieur le Député Chalamont vient d’évoquer en termes émouvants les victimes de la guerre... Je m’associe d’autant plus volontiers à cet hommage qu’il s’adresse à ceux qui furent les meilleurs de mes compagnons... Au moment de Verdun, Monsieur Chalamont avait dix ans... Ce qui lui donne, par conséquent, le droit d’en parler... Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité... On a, c’est bien connu, une mauvaise vue d’ensemble lorsqu’on voit les choses de trop près !... Monsieur Chalamont parle d’un million cinq cent mille morts, je ne pourrais en citer qu’une poignée, tombés tout près de moi...
J’ai honte, Messieurs... Je voulais montrer à Monsieur Chalamont que je peux, moi aussi, faire voter les morts... Le procédé est assez méprisable, croyez-moi !... Messieurs, j’ai devant moi un très joli dossier, très complet, très épais, trois cents pages de bilans et de statistiques que j’avais préparé à votre intention... En écoutant Monsieur Chalamont, je viens de m’apercevoir que le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs... on lui fait dire c’que l’on veut !... Les chiffres parlent mais ne crient jamais... C’est pourquoi ils n’empêchent pas les amis de Monsieur Chalamont de dormir. Vous me permettrez donc de préférer le langage des hommes. Je le comprends mieux !...
Durant des années, à travers le monde, j’ai visité des mines, des camps de personnes déplacées... j’ai vu la Police charger les grévistes, je l’ai vue aussi charger des chômeurs... j’ai vu la richesse de certaines contrées, j’ai vu l’incroyable pauvreté de certaines autres... Durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe... Monsieur Chalamont a passé une partie de sa vie dans une banque à y penser aussi... Nous ne parlons forcément pas de la même Europe...
Lorsqu’il y a quelques mois, les plus qualifiés parmi les maîtres-nageurs de cette assemblée sont venus me trouver pour éviter une crise de régime, j’ai pris un engagement... celui de gouverner... Or, gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare !... Tout le monde parle de l’Europe... Mais c’est sur la manière de faire cette Europe que l’on ne s’entend plus... C’est sur les principes essentiels que l’on s’oppose...
Pourquoi croyez-vous, Messieurs, que l’on demande à mon gouvernement de retirer le projet de l’Union Douanière qui constitue le premier pas vers une Fédération future ?... Parce qu’il constitue une atteinte à la souveraineté nationale ?... Non... Simplement parce qu’un autre projet est prêt... Un projet qui vous sera présenté par le prochain gouvernement... Je peux, Messieurs, vous en énoncer d’avance le principe !...
La constitution de trusts verticaux et horizontaux, de groupes de pressions qui maintiennent sous leur contrôle non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes !... On ne vous demandera plus, Messieurs, de soutenir un ministère, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration !...
Si cette assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forges et des compagnies pétrolières... Cette Europe, qui a l’étrange particularité de vouloir se situer au-delà des mers, c’est-à-dire partout... sauf en Europe !... Car je les connais, moi, ces européens à têtes d’explorateurs !
Je demande que les insinuations calomnieuses que le Président du Conseil vient de porter contre les Élus du Peuple ne soient pas publiées au Journal Officiel.
J’attendais cette protestation... Je ne suis pas surpris qu’elle vienne de vous, Monsieur Jussieu... Vous êtes, je crois, conseil juridique des aciéries Krenner ?... Je ne vous le reproche pas...
Vous êtes trop bon !...
Je vous reproche simplement de vous être fait élire sur une liste de gauche et de ne soutenir à l’Assemblée que des projets d’inspiration patronale !
Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre !
Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre !... La politique, Messieurs, devrait être une vocation... Elle l’est pour certain d’entre vous... Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier... Un métier qui, hélas, ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient, et qui nécessite d’importantes mises de fonds car une campagne électorale coûte cher ! Mais pour certaines grosses sociétés, c’est un placement amortissable en quatre ans... Et s’il advient que le petit protégé se hisse à la présidence du Conseil, le placement devient inespéré...
Les financiers d’autrefois achetaient des mines à Djelitzer ou à Zoa, ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un Roi Nègre !... Que devient dans tout cela la notion du Bien Public ? Je vous laisse juges...
Le gouvernement maintient son projet. La majorité lui refusera la confiance et il se retirera... Il y était préparé en rentrant ici...
J’ajouterai simplement, pour quelques uns d’entre vous, réjouissez-vous, fêtez votre victoire... Vous n’entendrez plus jamais ma voix et vous n’aurez plus jamais à marcher derrière moi... Jusqu’au jour de mes Funérailles Nationales, que vous voterez d’ailleurs à l’unanimité... Ce dont je vous remercie par anticipation...
Emile Beaufort (Jean Gabin)
Le Président est plein de petites phrases bien senties comme ci-dessous:
C'est une habitude bien française que de confier un mandat aux gens et de leur refuser d'en user.
Un Singe en hiver passe le jeudi 26 avril sur Arte à 20 H 40

Dans cette comédie dramatique inspirée du roman d' Antoine Blondin et sortie en 1962, Albert Quentin, un ancien fusilier marin, tient avec sa femme un hôtel sur la côte normande. Ancien alcoolique, il a fait le voeu de renoncer à la boisson le jour du débarquement si l'hôtel n'était pas détruit par les bombardements aeriens. La venue d'un client désoeuvré, Gabriel Fouquet, remet en cause sa promesse. C'est un superbe film sur l'ennui, les rêves d'exotisme évanouis (la Chine, l'Espagne des corridas). Le passage où Quentin dit à Fouquet "t'es ma jeunesse !" est aussi un passage de témoin entre Gabin et Belmondo. La dernière scène est très émouvante.
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-Écoute ma bonne Suzanne. T'es une épouse modèle. |
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-Oh... |
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-Mais si, t'as que des qualités et physiquement, t'es resté comme je pouvais l'espérer. C'est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c'était à refaire, je crois que je t'épouserai de nouveau. Mais tu m'emmerdes. |
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-Albert ! |
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-Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais tu m'emmerdes. |
"Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible"
Patrick Le Lay, président directeur général de TF1
Comment peut-on être antilibéral
sans faire le jeu du capitalisme
?

icône bankable
Réponse: impossible. La preuve par 4. Le triomphe par K.O du capitalisme (= système économique et non idéologie) repose sur sa capacité à récupérer les rebellions et à les faire entrer dans la sphère du profit. Exemple: le célèbre portrait de Che Guevara incarne pour certains ados -parfois de quelques cinquante printemps- et les artisans du show-business (les premiers étant la clientèle béate et captive des seconds) l'affichage stéréotypé de la révolution anti-système
. Or, s'il s'agit sans doute de la photographie la plus diffusée dans le monde, non seulement dans les médias, mais sur tous les supports possibles (tee-shirts, posters, affiches, sérigraphies, calicots, cartes postales), le génial cliché n'a jamais rapporté un sou à son auteur, le Cubain Alberto Korda. Ce dernier travaillait à l'époque pour le journal insulaire Revolucion et l'avait amicalement mais néanmoins imprudemment confiée à l'éditeur gauchiste Feltrinelli qui a su quoi en faire lui.
L'art du capitalisme pop est de transformer les hommes-sandwichs de la révolution en vaches à lait. Dans les années 50, des écrivains américains comme Norman Mailer racontaient que la véritable révolution, c'était d'être cool. Si être révolutionnaire c'est être cool, avoir le look le plus incroyable possible, alors le capitalisme n'a aucun souci à se faire.
L'anticapitalisme étant vite rattrapé par sa propre rentabilité, il reste donc l'antilibéralisme (comprendre ici le libéralisme comme idéologie la mieux adaptée au capitalisme). Les variantes communistes étant surannées sauf sous une forme libertaire de type LCR (coup de chapeau à Alain Krivine pour le coup médiatique réussi du bon facteur Besancenot), il reste le toilettage altermondialiste qui eut son heure de gloire au tournant du siècle avant de s'essouffler lui aussi. A part Hugo Chavez, Fidel Castro et Jacques Chirac, deux figures de proue incarnent cette critique radicale tout aussi mondialisée que le reste:

Le sous-commandant Marcos à la tête du mouvement Zapatiste du Chiapas, guerillero mystérieux et lettré aux revendications tout aussi identitaires qu'antilibérales. Sa voix enjoleuse a été bien réinvestie par Manu Chao (un qui fait pas semblant malgré ses tunes) sur certaines chansons de l'album Clandestino (Luna Y sol).

José Bové doit son succès à son physique d'irréductible gaulois qui perturbe la pax americana comme Asterix avait contrarié la pax romana. Si certains de ses combats sont justes comme la pression mise sur l'OMC pour soutenir les intérêts des producteurs de coton du Sahel, d'autres sont plus douteux comme les arrachages de champs anti-OGM et les commandos anti-Mac Do.
Malbouffe ou pas, Mac do est en effet la victime expiatoire de l'antiaméricanisme facile ( si les Ricains n'étaient pas là... ) alors que son succès, fascinant d'un point de vue marketing, nous interroge avant tout sur nous mêmes. Pourquoi ce besoin d'un Mac Do parfois ? Pourquoi une émeute lors de l'ouverture du premier Mac Do de Russie sur...la Place rouge.
Mac Do en toute franchise
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Super Size me |
Si les antilibéraux sont légitimes pour dénoncer les excès du capitalisme à l'ère de la mondialisation sauvage, leur dogmatisme autosuffisant et leurs alternatives bidons me les rendent évidemment non fréquentables politiquement (mais plus si affinités). Je les rejoins néanmoins sur l'interprétation d'une société de consommation qui n'attend plus du citoyen qu'un consommateur consciencieux. La tyrannie des marques transforme celui-là même qui a peur des délocalisations en homme-sandwich pour les FMN. De ce point de vue là, le système est génial car les plus sensibles aux marques (nouvel opium du peuple) en sont les soi-disant victimes. Le marché les exploite et les flatte, le business est d'ailleurs leur valeur cardinale quand parallèlement, la gauche instrumentalise leurs frustrations (de consommateurs) dans une culture de la victimisation et du ressentiment. Ces nouveaux aliénés ne savent pas que l'homme libre est no logo. Ils croient l'inverse et ne nous le pardonneront pas.
Le citoyen est aujourd'hui schizophrène: en tant que consommateur, il veut des produits en promo(cela s'appelle le pouvoir d'achat et je suis poli) mais en tant que salarié, il veut protéger son emploi. Le meilleur empêcheur de profiter en rond à avoir pris les multinationales la main dans le sac de leurs avantages comparatifs est Michael Moore dans The Big one. L'Américain (eh oui, même sur ce créneau, ils sont les meilleurs) avait constaté que Michael Jordan gagnait plus en un an de publicité pour Nike que la totalité des ouvriers indonésiens fabriquant les chaussures. La scène avec le PDG de Nike Phil Knight ( le seul PDG à se croire suffisamment cool pour oser défier un Michael Moore il est vrai moins connu qu'aujourd'hui) est LE morceau d'anthologie sur les délocalisations.
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La société de consommation arrive en France dans les années 50-60 avec les premiers chefs d'oeuvre pour la dénoncer ou la moquer. Ainsi la chanson de Boris Vian, La Complainte du progrès (1955):
Autrefois pour faire sa cour Et si la belle Jusqu'à la prochaine fois
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son coeur
Aujourd'hui, c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
Ah! Gudule!
Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pell' à gâteaux
Une tourniquette
Pour fair' la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureuxAutrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Aujourd'hui, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout
Ah! Gudule!
Excuse-toi
Ou je reprends tout ça.
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer
Et mon poêl' à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous
La tourniquette
A faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-friture
Se montre encore rebelles
On la fiche dehors
Pour confier son sort
Au frigidaire
À l'efface-poussière
À la cuisinière
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
À l'éventre-tomates
À l'écorche-poulet
Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son coeur
Alors on cède
Car il faut bien qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça

Mon Oncle de Jacques Tati (1956) est un de mes films préférés. Un petit garçon se sent plus proche de son oncle doux-rêveur et poète que de son père, incarnation de ces Trente Glorieuses où la France s'ennuie.
L'antilibéralisme est très répandu dans l'intelligentsia française qui n'est pas censée bander pour le CAC 40 mais qui doit aussi la jouer modeste quand il s'agit de parler macro-économie. Il y a en revanche dans le cinéma français de ces dernières années toute une vague de films "d'entreprise" très intéressants mais tous négatifs et pessimistes. Le pionnier du genre fut le génialissime Une Etrange affaire de Pierre Granier-Deferre avec Michel Piccoli et Gérard Lanvin (1981). En réalité, ce n'est pas l'entreprise elle-même qui est visée mais son univers impitoyable sur fond de relations humaines dans le monde du travail entre stress et harcèlement moral. Conclusion, le problème, ce n'est pas le système, ce sont les gens, leur intelligence, leur morale.
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L'Homme est la mesure de toute chose
Protagoras, Erasme,...
Il n'est de richesse que d'hommes
Bodin
A suivre: le libéralisme














