Game Over

Il s'agit de savoir si l'héritage de mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes.
Nicolas
Sarkozy, discours de Bercy, 29 avril 2007.
Le discours anti-68 est revenu dans le débat avec les discours du candidat Sarkozy, écrit
sans doute par Henri Guaino. Il ne nous apprend rien sur mai 68 mais j'avais trouvé son but très habile: en finir avec le complexe de droite devant l'idéologie de gauche en
partie post-soixante huitarde. Il apparaît aujourd'hui totalement opportuniste et de mauvaise foi au regard du comportement du Président Sarkozy qui a voulu incarner sans pudeur la devise même du
mouvement: Jouir sans entraves. C'est ce contraste entre un discours autoritaire et rigoureux et un comportement infantile et brouillon (séduction et intégration des bobos) qui a plombé
la présidence Sarkozy mais tel n'est pas l'enjeu du débat dans cet article.
écouter surtout à partir de 3 mn
J'ai longtemps été anti-soixante huitards pour une raison probablement assez
simple, je suis né en 1969. Comme l'écrivent les journalistes d'Europe 1 Laurent Guimier et Nicolas Charbonneau en sous-titre de leur
livre, Génération 69, les trentenaires ne vous disent pas merci. Mes parents ont interrompu leur voyage de noces pour voir (plus que pour participer à) mai
68. Je suis donc un enfant de baby-boomers, un enfant de la crise économique, la génération d'après. Pour nous, pour peu que l'on ne se situe pas à gauche, leurs problèmes identitaires de jeunes,
leurs idées politiques en faillite n'auraient conduit qu'au relativisme moral, l'égalitarisme niveleur, l'hédonisme feignasse et le jeunisme débilitant. Il est évident que je regarde aujourd'hui
les choses avec plus de recul mais il demeure des facteurs de tension: non contents d'avoir trustés les postes de responsabilités quand ils étaient dans la vie active, les baby-boomers retraités
vont peser électoralement comme dans les dépenses. Nous serons toujours à leurs crochets même si nous les aimons cela va de soi. Pas de pitié en revanche pour le genre de soixante-huitards que
décrie Virginie Linhart dans Le Jour où mon père s'est tu: ces anciens maos qui font mettre leurs rejetons à l'école alsacienne en leur chuchotant à
l'oreille "souviens-toi toujours que ces gens sont nos ennemis de classe !" . On trouve ce genre de gugusses dans l'espace médiatique, c'est ce que l'on appelle maintenant les
bobos. Ils sont certes souvent ridicules et imbus d'eux-mêmes mais on ne peut l'imputer à mai 68.
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La pensée anti-68 plus élaborée peut-être abordée par l'essai de
Serge Aubier, La pensée anti-68, chez La Découverte. Que reproche t-on au juste à mai 68 ? Luc Ferry et Alain
Renaut dans La Pensée 68, parue en 1985, y voient la négation des valeurs humanistes, de l'impératif kantien, la montée de l'individualisme. Pourtant les
auteurs mobilisés à charge sont indépendants de mai 68 même s'ils ont connu un regain d'intérêt médiatique dans les années 70: Deleuze, Foucault,
Bourdieu, Lacan, Derrida. Sinon, la thèse la plus commune est que les soixante-huitards libertaires auraient au final favorisés le plein essor
du capitalisme néo-libéral des années Thatcher-Reagan en plus de détruire les valeurs traditionnelles (famille déstructurées, drogues,...).
En réalité, Mai 68 n'est que la manifestation d'une évolution et non sa cause. Cette évolution peut poser des questions mais elle aurait eu lieue d'une
manière ou d'une autre.
| A suivre: les 40 ans de mai 68 |


