Game Over

Massu: toujours gaulliste mon général.
| Les partis politiques |
A la veille de mai 68, deux grandes forces peuvent faire oublier aux Français le passé qui ne passe pas (Vichy, la décolonisation) grâce à leurs mythologies compensatoires: la grandeur gaulliste de la France et les lendemains qui chantent communistes. Les deux perdent leur ascendant sur une jeunesse qui attend autre chose que l'exaltation d'un ordre patriarcal sûr de lui et dominateur.
| Le gouvernement |
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De Gaulle, grand visionnaire s'il en est, n'a pas compris mai 68. Il faut dire que le mouvement signifiait le déclin d'une certaine idée de la France. Lors de la nuit des barricades, on ne prend pas la peine de réveiller le président de la République (on ne réveille pas De Gaulle quand même). Lors de sa disparition à Baden-Baden, le général Massu le trouve très déprimé. Son Premier ministre, Georges Pompidou lui en voudra d'avoir abandonné son poste au paroxysme de la crise sans même l'en informer. De Gaulle est dépassé et son référendum-plébiscite manqué d'avril 69 n'est que la conscéquence de ce divorce avec son temps. Il est triste de penser qu'il meurt en novembre 1970 avec l'image du chêne qu'on abat.
Georges Pompidou acquiert au contraire à cette occasion une stature d'homme d'Etat (ce que ne lui pardonneront pas De Gaulle et ses sbires du SAC). Peut-être parceque comme l'on dit "De Gaulle aime la France et Pompidou aime les Français". Pompidou a une conscience très exacte d'un rapport de force défavorable au pouvoir. C'est pourquoi il fait rouvrir la Sorbonne contre l'avis du général pour éviter qu'elle ne soit reprise d'assaut par les étudiants.
"Dans une affaire de cet ordre, il n'y a que deux issues - ou bien dès le départ, se fier à la répression la plus brutale et la plus déterminée. Je n'en avais pas le goût ni les moyens. Les aurais-je eu que la révolte de l'opinion aurait obligé à reculer, c'est à dire à disparaître. Une démocratie ne peut user de la force que si elle a l'opinion pour elle et nous ne l'avions pas."
Lettre à Raymond Aron
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Le pouvoir cherche aussi à contrôler l'information et mai 68 va être la chance des radios périphériques comme on
les appelle puisque leurs émetteurs sont à la frontière: Europe n°1, RTL (Radio Télé Luxembourg), RMC (Radio Monte Carlo). Elles couvrent les événements sur le
terrain dont la nuit des barricades.
| Le Parti Communiste |
Par l'intermédiaire de la CGT, le PCF est partie prenante de la crise sociale mais pour
le reste il ne souhaite pas que la révolte devienne une vraie révolution alors que c'est la crainte d'une partie de la droite (la prise de l'Elysée). En fait, Brejnev et le Kremlin ne
souhaitent pas nuire à un De Gaulle dont la politique étrangère contrarie les Etats-Unis. Mais plus profondemment, le PCF a bien compris que les étudiants, fussent-ils d'extrême-gauche, n'étaient
des leurs ni sur le plan social ni sur le plan politique au sens de la logique des partis. La vision de mai 68 par son futur leader est un mélange d'analyse sovietoïde et de lucidité sur l'avenir
des soixante-huitards.
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Dans L'Humanité du vendredi 3 mai, Georges Marchais, membre du comité central du PCFattaque avec véhémence les prochinois et les "enragés" de
Nanterre. Dans la faculté de lettres de l'université, on trouve des maoïstes, des trotskystes, des anarchistes et divers groupes "plus ou moins
folkloriques" , dit-il, tous réunis dans le Mouvement du 22 mars dirigé par l'anarchiste allemand
Cohn-Bendit". Cette allusion vaudra le fameux slogan "Nous sommes tous des juifs allemands". Il déplore l'activité des prochinois
dans les milieux ouvriers: "Non satisfaits de l'agitation qu'ils mènent dans le milieu étudiant – agitation qui va à l'encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations
fascistes – voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier". Par conséquent, estime Georges Marchais, "ces faux-révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes". Pour conclure, il
ironise sur l'origine de ces "fils de grands bourgeois – méprisants à l'égard des étudiants d'origine ouvrière – qui, rapidement,
mettront en veilleuse leur "flamme révolutionnaire" pour aller diriger l'entreprise de papa et y exploiter les travailleurs dans les meilleures traditions du capitalisme". Cet éditorial a été lu à haute voix par un militant du mouvement du 22 mars dans la matinée au cours d'un meeting improvisé dans la cour de le Sorbonne. Il a reçu le plus
glacial accueil.
| La police |
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L'affrontement entre les étudiants et les CRS est devenu légendaire, notamment le fameux CRS SS. En
réalité, contrairement à ce qui s'était passé pour la guerre d'Algérie en 1961-62 (17 octobre 61 et les arabes à la Seine, Charonne), il y eu peu de morts et en marge des événements. Tout le
monde s'accorde à dire que ce fut la différence entre deux types de préfets de police: Maurice Papon d'une part et Maurice Grimaud d'autre part. Aujourd'hui
Grimaud et Cohn-Bendit se tombent dans les bras l'un l'autre. Grimaud a toujours considéré l'interdiction de séjour en France de
Cohn-Bendit décrétée le 23 mai 68 comme une erreur qui ne sera levée qu'en...1978. Il y a eu des coups de matraques, des gaz lacrymogènes mais l'image que l'on retient de
cette fascination-répulsion police-étudiants, c'est surtout le sourire narquois de Dany le Rouge face à un CRS de son âge, impassible.Le souci est que les jeunes d'origine
populaire avaient plus de chances d'être parmi les CRS que parmi les normaliens.
Enquête: 68 vu par les flics
| A suivre: le discours anti-68 |


